Chapitre 3 – Vivre ensemble séparés (printemps – été 2019)
Étape du deuil : COLÈRE
⚠️ Les étapes du deuil ne sont pas linéaires. On peut avancer, reculer, rester
bloqué.
Dans mon cas, cette colère-là, je l’ai vécue plusieurs fois, sur plusieurs
années, parfois entre deux moments de lucidité ou d’espoir.
La colère n’est pas toujours un cri. Parfois, c’est une conversation banale qui
fait tout remonter. Une phrase anodine, une invitation ambiguë, une décision
prise sans toi. Et là, en toi, ça gronde.
On continuait à se parler, à se voir, à se croiser. Mais on ne vivait plus
ensemble. On vivait à côté.
Elle avait pris l’appartement qu’on avait rénové ensemble. Celui qu’on aurait
dû vendre. Et moi, je me retrouvais à organiser ma semaine en fonction de sa
présence ou non. Notre fille devenait une balise dans un océan en vrac. Un
repère qu’on tentait de préserver, alors que tout s’effondrait autour.
Je me souviens de ces allers-retours absurdes, où l’on échangeait nos rôles
dans la maison. Un coup elle, un coup moi. Comme si changer d’endroit
permettait de ne pas affronter le changement réel : celui de notre lien.
Je voulais garder la face. Être le père stable. L’homme calme. Mais à
l’intérieur, j’étais en feu.
Je lui en voulais de mentir. De minimiser. Je lui en voulais d’avoir trahi. Je lui
en voulais de faire comme si tout était normal, alors que tout était cassé.
Mais je ne voulais pas hurler. Alors je contenais. Je transformais ma colère en
sarcasme, en silences, en détours. Je souriais quand j’avais envie de mordre.
Je rendais service quand j’avais envie de fuir.
Et au fond, je me demandais si elle, elle voyait tout ça. Si elle mesurait
l’effort que ça demandait. Si elle voyait que chaque « OK » que je lui
envoyais cachait un « tu me détruis ».
Clés de lecture :
• La colère tue à petit feu quand elle n’a pas le droit de s’exprimer. Elle devient tension, amertume, enfermement.
• Continuer à faire bonne figure peut devenir un piège. Ce n’est pas du courage, c’est parfois de l’auto-sabotage.
• Le vrai pardon ne peut venir qu’après avoir osé dire sa colère. La nier, c’est
la nourrir.
À toi qui ressens peut-être cette colère étouffée…
Tu as le droit de ne pas être calme.
Tu as le droit de ne pas comprendre.
Et surtout, tu as le droit de poser tes limites, même quand l’amour s’en va.
